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La “coutume” Kanak

Publié: 16 avril 2010 dans Voyages

Véritable mode de vie, code social comme il en existe partout à travers le monde, la coutume reste souvent complexe pour ceux qui débarquent en Calédonie. Mais si elle régit l’existence et les temps forts de la vie d’un peuple, comme les rassemblements coutumiers, la fête des nouvelles ignames, les mariages, les naissances ou les deuils, elle se vit aussi au quotidien. Et vu de Nouméa, la chose n’est pas toujours évidente ! Petit décryptage de la coutume en terre “kanak”… pour ne pas se prendre les pieds dans la natte !

La coutume, c’est d’abord l’établissement, en un temps précis, d’une relation privilégiée et unique entre des individus. C’est se reconnaître l’un l’autre à travers des échanges de paroles qui s’appuient eux-même sur des dons, dont les plus importants sont traditionnellement les monnaies kanak, qui représentent l’ancêtre du clan et les ignames sacrées. C’est aussi montrer son humilité, son respect de l’autre et des règles. Pas le moment de s’emmêler les crayons et de faire ou de dire n’importe quoi, au risque de saboter un instant magique. Car par le geste coutumier, on se soumet à la hiérarchie, à ses structures et à son organisation, et c’est à la grande chefferie qu’il faut demander toutes les autorisations, comme celles d’accéder à la mer, à la montagne ou même de circuler sur les terres de la tribu. Bien sûr, chaque Kanak qui a grandi en milieu tribal connaît les chemins de la coutume. Mais certains jeunes, élevés en ville, ont perdu une partie de leur racines. C’est dire si les Blancs sont parfois perdus dans ces échanges codés qu’ils ne maîtrisent pas, heureusement que les Kanak sont tolérants avec ceux qui ne savent pas !

Le respect du peuple kanak passe par cet usage très répandu qu’il est impensable d’ignorer !

Un code social fort

Symbole de la parole et de l’écoute, la coutume est toujours là pour rappeler les alliances passées et présentes, dans le but d’affirmer l’esprit unitaire entre les hommes. De nos jours, elle s’entend souvent en termes de dons d’ignames, de tissu et d’argent. Le tabac ayant peu à peu été supprimé, car considéré comme néfaste pour la santé bien qu’il soit toujours fort apprécié. Autrefois, on utilisait les monnaies kanak, réalisées à partir de matériaux naturels comme les coquillages, les poils de roussettes (chauve-souris) ou bien les os. Et si la tradition a bien failli se perdre, aujourd’hui leur création a été relancée, surtout dans le Nord de la Calédonie, où l’on voit de magnifiques pièces de facture récente. Son rôle peut être très important, ainsi, le grand chef peut demander à ses sujets de voter pour lui au Conseil coutumier ou de l’élire à tel ou tel poste. Concrètement, celui qui fait la coutume pose son offrande par terre, devant lui, et explique la raison de son geste dans un discours qui ferait presque peur tellement ses intonations ont l’air grave. Celui qui la reçoit prend ensuite la coutume posée au sol, ce qui signifie qu’elle est acceptée. En échange, il fait un geste de retour constitué de tissu et de monnaie, afin de symboliser son remerciement. Chacun d’eux pourra ensuite prouver à sa famille que l’échange à bien eu lieu.

   

Le geste au quotidien

En dehors de Nouméa, la culture kanak fait partie du quotidien et les Blancs savent qu’il est d’usage, lorsqu’on arrive dans une tribu, de s’adresser au petit chef ou au grand chef et de lui faire un présent dont l’importance croîtra en fonction de sa requête. C’est ce qu’on appelle ici “faire la coutume”. Le respect du peuple kanak passe par cet usage très répandu qu’il est impensable d’ignorer, mais dont peu connaissent finalement les méandres (cf. le kit du débutant) ! En échange, vous serez chaleureusement accueillis, si vous avez été gentils (!) et l’on vous rendra cette générosité en vous faisant déguster spécialités et fruits de la région ou en vous invitant à partager un moment de découverte unique. Le respect de la coutume peut aussi se manifester par l’interdiction de pénétrer dans certains lieux tabous sans l’autorisation préalable des chefs de clan ou de tribu, et là c’est la grosse punition. Avant de visiter ces endroits, il faudra donc déposer une requête verbale ou un geste rituel lors d’une cérémonie coutumière au cours de laquelle des paroles de bienvenue seront prononcées après un échange de présents. N’hésitez pas à vous renseigner auprès des Kanak que vous rencontrerez, ils vous expliqueront le sens de ces gestes symboliques et vous indiqueront la procédure à suivre pour réussir votre geste. Entre frères du pays, l’entraide n’est-elle pas de rigueur ?

 

Le kit du débutant

Pour ne pas rater votre première coutume d’accueil, présentez-vous au grand chef en lui offrant un “manou” (paréo) neuf, un billet de 1000 francs et, pourquoi pas, quelque chose de personnel comme une casquette ou un foulard corse (!). Surtout, évitez de parler de paréo et inutile de palabrer pendant des heures sur votre magnifique personnalité. Souvenez-vous plutôt que vos paroles devront être humbles et pleines de respect. Imaginez que vous arrivez chez un ami potentiel et qu’au lieu de lui apporter une bouteille de vin ou des fleurs, vous vous soumettez à ses habitudes. Si la tribu est éloignée, vous ferez des heureux en pensant à apporter du riz ou des gâteaux. Mais évitez le tabac, qui est désormais jugé nocif par les chefferies. Sachez que plus que l’objet, c’est le geste et les paroles qui comptent. Celles prononcées par les Kanak – s’ils acceptent votre coutume – vous indiqueront que désormais vous êtes leur hôte et qu’ils vous protègeront. Ensuite viendra votre tour, et vous exprimerez votre joie d‘être accueilli et remercierez vos hôtes pour ce partage. Leur manière d’être à votre écoute et de vous témoigner du respect sera souvent de baisser les yeux. Vous ferez donc de même, sans jamais interrompre votre interlocuteur (sinon, houlala…). Ensuite viendra le temps du partage…

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